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  • Photo du rédacteurLouis Grenier

Et si votre futur économique se trouvait dans la municipalité d’à côté?

Dernière mise à jour : 2 mai

Vous êtes le maire ou le (la) responsable du développement économique d’une ville-centre et vous voilà écartelé.e entre la protection des rares espaces verts qui parsèment votre ville et la nécessaire croissance de votre assiette fiscale pour répondre à l’explosion des coûts des services municipaux – entre les diktats de la densification urbaine et ceux du « pas-dans-ma-cour ».


Le futur économique  dans les municipalités au Québec

Que dois-je privilégier? Le développement résidentiel pour contribuer à répondre à la crise, mais dont la densification est contestée? Le développement commercial ou industriel dont le revenu fiscal dégage plus de marge de manœuvre, mais dont le déploiement pose des défis sociaux et environnementaux?


L’équilibre se trouve dans l’ouverture vers la planification concertée du territoire de plusieurs municipalités. Le Québec possède le meilleur outil à ce titre : la MRC. Il faut désormais adapter le cadre juridique à l’échelle de cette région, notamment dans le partage de la fiscalité, tant au chapitre des dépenses et des investissements qu’à celui des revenus.


J’ai toujours milité en faveur des parcs industriels régionalisés. Maintenant que plusieurs villes-centres se penchent sur la question et que des moratoires sont en place dans le cas du développement industriel, force est de constater le cul-de-sac potentiel qui se dessine entre la demande des industries (qui ne s’essouffle pas) et la pénurie des espaces industriels adéquats et surtout structurés dans les villes-centres.


Dans mon esprit, si la densification résidentielle doit se vivre au cœur des villes pour des raisons de mobilité durable et de rentabilisation des services, l’espace industriel doit encore être pensé pour éviter une proximité avec les fonctions résidentielles parce qu’il faut en gérer les nuisances. Le fameux « Work-Live-Play » c’est beau, mais la portion « Work », contiguë aux deux autres, doit être très encadrée. Plusieurs entreprises ont trop de nuisances de bruit, de poussière, de rejets air-eau, ou de trafic de camions pour en faire partie.

Il ne faut pas non plus « pelleter dans la cour » des petites municipalités les entreprises que l’on ne veut pas. Au contraire, il s’agit de rechercher le meilleur endroit, sur l’ensemble du territoire d’une MRC, pour établir un parc industriel moderne, structuré, offrant les services municipaux nécessaires – y compris une desserte de transport collectif efficace – dont le coût et les revenus sont partagés par TOUTES les municipalités d’une MRC selon une formule qui va du prorata de la RFU ou de la population. À ce compte-là, la ville-centre doit assurer la plus grande portion des coûts de développement, comme si le parc était situé dans les limites de son territoire.

Utopie? Peut-être encore pour quelque temps! Tant que le contexte juridique et fiscal dans lequel nous sommes existera, l’esprit de clocher prévaudra. Cela dit, il existe quelques timides exemples au Québec de ce type de développement, preuve que même dans ce contexte juridique défavorable à cette démocratisation urbanistique, la convergence des intérêts peut se faire, si pénible soit le chemin de croix pour y arriver.

Les récentes pressions fiscales et financières sur les villes militent de plus en plus pour une approche élargie de développement industriel. Les villes-centres ne peuvent tout simplement plus assurer une augmentation de l’assiette fiscale qui soit à la fois respectueuse de l’environnement ET une réponse adéquate à l’augmentation des responsabilités financières. Ça craque de partout!

Si on part de l’hypothèse que la ville-centre est le premier vecteur de la résolution de la pénurie de logements, elle doit donc concentrer ses efforts sur la densification urbaine. C’est d’autant plus logique que cette densification permet une rationalisation et une meilleure répartition du coût des services municipaux de base (transport collectif, traitement des ordures, entretien des réseaux d’égout, d’aqueduc et des routes, culture et loisir, police, etc.). On peut même voir l’augmentation de la population comme une opportunité à cet égard. Il s’agit alors de gérer l’acceptabilité sociale de cette densification.

Cela dit, l’augmentation de la population ne génère qu’une portion congrue de marge de manœuvre fiscale par le foncier. Chaque dollar recueilli dans la fiscalité résidentielle coûte 0,85$ en services (moyenne au Québec).

À l’inverse, chaque dollar recueilli auprès des entreprises commerciales ou industrielles ne coûte que 0,37$ (en moyenne au Québec). Il est donc tentant de réserver des espaces à ces fonctions, souvent au détriment de la qualité de vie des riverains.

C’est ce douloureux équilibre qu’il faut mettre sur la table à l’échelle de la MRC ou même – rêvons un peu – à une échelle régionale dont les contours seraient plus économiques qu’administratifs. Dans notre esprit, le vecteur résidentiel doit demeurer l’apanage des villes-centres, mais le vecteur industriel doit percoler à l’échelle régionale et doit être concentré au meilleur endroit possible, répondant à des critères de développement durable. Son impact fiscal sera ainsi maximisé pour l’ensemble des municipalités qui y participeront et contribuera à des finances plus saines pour les municipalités.


 

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