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  • Louis Grenier

Un complément aux zones d’innovation et aux parcs industriels régionaux : les zones artisanales

Dernière mise à jour : août 9



C’est avec plaisir que je constate la création prochaine des zones d’innovation. Ce projet, après celui des zones industrialo-portuaires, vient compléter un éventail d’infrastructures d’accueil et vient discipliner et enrichir l’offre immobilière aux entreprises en leur présentant une panoplie d’espaces possédant des caractéristiques répondant aux besoins différents de diverses entreprises. Ces zones permettent des investissements importants dans des infrastructures physiques et virtuelles qui ne pourraient être économiquement rentables si elles devaient être déployées sur un trop grand nombre de sites. Elles permettent donc d’intéresser les grands conglomérats industriels à s’établir au Québec et qui seraient autrement impossibles à attirer.

Sous ce réseau d’installations lourdes, je continue à prôner l’importance de créer un réseau de parcs industriels régionaux, répondant cette fois aux besoins de la force vive de nos PME industrielles les plus dynamiques. En conjuguant les ressources des milieux (je propose le territoire des MRC), on peut équiper un parc industriel avec l’ensemble des éléments aujourd’hui indispensables pour favoriser la croissance de ces entreprises qui constituent l’épine dorsale économique de plusieurs régions du Québec. Cependant, ces deux réseaux proviennent de la même logique de concentration visant à regrouper des forces, l’une au niveau national, l’autre au niveau régional. C’est essentiel, mais il existe toutefois un revers à cette médaille : il s’agit de l’affaiblissement progressif des noyaux villageois. Certes, la concentration des activités industrielles ne peut expliquer seule cet affaiblissement car d’autres éléments agissent pour expliquer cette dévitalisation alors que plusieurs études les ont identifiés : mécanisation et centralisation de la production agricole qui diminue les besoins en main-d’œuvre, vieillissement de la population, protection du territoire agricole qui limite les agrandissements des périmètres urbains, services publics et services commerciaux qui se centralisent, connexion haute vitesse déficiente, etc. Les explications ne manquent pas. Mais nous croyons justement qu’une solution pourrait remédier, du moins en partie, à cet état de fait : les zones d’artisanat et d’industrie locale. Ce concept existe en France et son application est relativement simple : chaque village peut avoir une zone déclarée où des activités de production « artisanales » peuvent avoir lieu : ébénisterie, cuisines de produits locaux, production de logiciels, fabrication de produits culturels ou artisanaux, fabrication de textiles, etc. Par définition, ces « entreprises » sont modestes et si d’aventure, elles connaissent un succès important et dépassent un certain stade, elles doivent alors déménager dans la « ZI » (la zone industrielle) la plus proche.

Bien sûr, le concept français ne peut s’appliquer intégralement ici, la densité de la population n’étant pas la même. Et Dieu me préserve du « mur-à-mur » : je ne voudrais pas voir une application intégrale et homogène de ce principe à la grandeur du territoire.

Mais on peut s’en inspirer. Quel village n’a pas une église désaffectée (comme celle de Saint-Pacôme dans le Bas-du-Fleuve pour le projet de culture verticale de laitue ), son magasin vide ou un atelier abandonné en plein cœur du village pour un projet d’accueil de petites entreprises? Après tout, ni Bombardier ni Microsoft ne sont nés dans un parc industriel. Il ne faut pas négliger l’importance du « garage de bungalow » ou de la « grange à mononcle » dans le tissu industriel futur du Québec. L’esprit d’entrepreneuriat fleurit souvent à l’ombre des clochers villageois.

Dans notre esprit, la zone d’artisanat et d’industrie légère (ZIAL – il faut bien sacrifier à la mode des acronymes!) typique couvre un terrain de 5 000 à 10 000 m², elle n’est pas trop éloignée du centre du village, elle est connectée, sinon connectable à peu de frais au réseau d’égout et d’aqueduc, et est pourvue d’un édifice abandonné quelconque (église, magasin, grange, école, hôtel, etc.). Les conditions de développement du site doivent être définies selon les besoins de la communauté d’accueil, la proximité des grands centres, le degré de dévitalisation et les objectifs de la communauté :

  • Va-t-on raser l’édifice existant pour faire place à un autre?

  • Va-t-on y construire un incubateur?

  • Quel sera le modèle de gouvernance (OBNL, Régie, Compagnie)?

  • Quel sera le modèle économique (coopérative, compagnie à actions, autre)?

  • Quels seront les critères d’accueil? De pérennité?

  • Etc.

Sans en faire un modèle rigide, l’idée est de créer un noyau d’activité économique et une cinquantaine d’emplois multiplicateurs (emplois qui en entraînent d’autres) au sein de chaque village. Rien n’empêche en théorie de le faire dans le cadre juridique actuel, mais les applications réglementaires (schéma d’aménagement, zonage, etc.) ne sont pas conçues pour favoriser cette idée. Si on se penchait collectivement sur l’idée et si on arrimait l’ensemble réglementaire pour la favoriser, on créerait probablement un réseau de soutien économique à nos villages qui ont bien besoin d’un renouveau pour assurer leur pérennité.

Voir pour l’exemple français de Saint-Martin-de-Crau :

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